Question
Quelle institution centrale lutte contre les discriminations en France ?
Réponse
Il s'agit du Défenseur des droits (successeur HALDE). C'est une autorité constitutionnelle (art. 71-1 C°) compétente pour lutter contre les discriminations et promouvoir l’égalité, avec pouvoirs de recommandation, médiation, transaction, observations en justice.
Question
Quelles sont les peines et effets civils en cas de discrimination ?
Réponse
Au pénal : peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 3 ans et 45 000 € d’amende. La peine est portée à 5 ans et 75 000 € d’amende lorsque la discrimination est commise dans un lieu accueillant du public.
Des peines complémentaires sont possibles (interdiction des droits civiques, affichage de la décision, etc.).
Pour les personnes morales, l'amende peut être quintuplée.
Au civil / en droit du travail :
- Nullité de la mesure discriminatoire.
- Réintégration du salarié si celui-ci la demande.
- En cas de refus de réintégration, le salarié a droit à une indemnité minimale équivalente à 6 mois de salaire, sans préjudice des dommages-intérêts supplémentaires.
Question
Le principe d’égalité peut-il être invoqué par QPC ?
Réponse
Oui. En QPC (art. 61-1 C°), on peut invoquer le principe d’égalité car c’est un droit et liberté garanti par la Constitution (DDHC, art. 1, 6 et 13 ; Préambule 1946).
Exemples clés : décision n° 2010-1 QPC, “Cristallisation des pensions” : censure d’un régime figé désavantageant d’anciens militaires des ex-territoires français — rupture d’égalité devant la loi et les charges publiques.
Le Conseil vérifie que des avantages/régimes différenciés reposent sur des critères pertinents au regard de l’objectif de la loi.
Question
Donner un exemple de discrimination en raison du sexe en entreprise (coiffures) ?
Réponse
Cass. soc., 23 nov. 2022, n° 21-14.060 (Air France) : interdire à un steward de porter des tresses (coiffure autorisée aux femmes) = discrimination directe fondée sur l’apparence physique liée au sexe.
La Cour rappelle que la différence n’est licite que si elle répond à une exigence professionnelle véritable et déterminante et qu’elle est proportionnée—les stéréotypes de genre ne suffisent pas.
Question
Quelles justifications admettent la Cour EDH vs la CJUE en matière de discrimination ?
Réponse
Cour EDH (art. 14 CEDH / Prot. n°12) : Directe & indirecte : les discriminations peuvent être justifiées si objectif légitime + rapport raisonnable de proportionnalité.
Contrôle renforcé pour motifs « suspects » (sexe, origine, orientation, etc.) → il faut des motifs très sérieux ; les stéréotypes ne suffisent pas.
Marge d’appréciation des États, mais limitée sur ces motifs.
CJUE (droit de l’UE, directives 2000/43, 2000/78, 2006/54) : Indirecte : possible si objectif légitime + moyens appropriés et nécessaires (proportionnalité).
Directe : en principe exclue, sauf exceptions strictes prévues par les textes :
- Exigence professionnelle essentielle et déterminante (EPED/GOR).
- Âge : différences permises pour politiques d’emploi (dir. 2000/78, art. 6).
- Maternité / mesures de rattrapage (action positive : art. 157 §4 TFUE, dir. 2006/54).
Question
Que permet l’article 13 de la DDHC en matière fiscale ?
Réponse
Il permet de fonder des impôts répartis selon les facultés contributives (égalité devant les charges), autorise la progressivité sans la rendre obligatoire, sous réserve d’absence de caractère confiscatoire et de proportionnalité.
Question
Quelle est la différence entre « différenciation positive » et « discrimination positive » en France ?
Réponse
En France, la différenciation positive désigne les différences de traitement licites lorsqu’elles reposent sur une différence de situation ou un motif d’intérêt général, et qu’elles sont proportionnées à l’objectif poursuivi. Elle permet par exemple des mesures sociales, territoriales ou liées au handicap (éducation prioritaire, clauses sociales, obligations d’emploi des travailleurs handicapés), sans viser une appartenance identitaire protégée (DDHC art. 6 ; C° art. 1er ; formule classique du Conseil constitutionnel sur l’égalité : le législateur peut traiter différemment des situations différentes s’il n’en résulte pas de rupture d’égalité).
À l’inverse, la discrimination positive (au sens d’avantages réservés en fonction d’une appartenance identitaire : « quotas ethniques », religieux, etc.) est strictement encadrée et, en principe, prohibée en droit interne. Les exceptions tiennent à des fondements textuels précis : la parité résulte d’une révision constitutionnelle (égal accès des femmes et des hommes aux mandats et fonctions) (C° art. 1er) ; des actions temporaires en faveur du sexe sous-représenté sont admises lorsqu’elles restent proportionnées (TFUE art. 157 §4 ; dir. 2006/54/CE ; C. trav. art. L.1142-4). En dehors de ces cas, des quotas fondés sur l’origine ou la religion demeurent inconstitutionnels, les politiques publiques devant alors passer par des critères objectifs (sociaux, territoriaux) et non par des catégories identitaires (DDHC art. 6 ; C° art. 1er).
Question
Quelles sont les grandes familles de discriminations prohibées en Europe et en France ?
Réponse
En Europe (cadre CEDH/UE)
Sont prohibées les discriminations fondées notamment sur le sexe (et grossesse), la « race »/origine ethnique, la religion ou convictions, le handicap, l’âge, l’orientation sexuelle (et, en pratique, l’identité de genre via l’art. 14) — avec une clause ouverte couvrant « toute autre situation » (CEDH art. 14, Prot. n°12 ; Charte DFUE art. 21 ; TFUE art. 19 ; dir. 2000/43/CE « race », 2000/78/CE emploi, 2006/54/CE égalité femmes-hommes, 2004/113/CE biens & services).
En France (liste étendue par la loi)
Outre ces motifs « européens », le droit français ajoute une énumération large : origine (notamment nationale), sexe, grossesse, situation de famille, apparence physique, nom de famille, lieu de résidence, état de santé (dont handicap), perte d’autonomie, caractéristiques génétiques, mœurs, identité de genre, orientation sexuelle, âge, opinions politiques, activités syndicales, appartenance vraie ou supposée à une ethnie, nation ou religion, etc., prohibées en droit pénal et du travail (C. pén. art. 225-1 ; C. trav. art. L.1132-1 ; loi n° 2008-496 du 27 mai 2008).
Question
Quelle est la définition de la discrimination indirecte ?
Réponse
La discrimination indirecte vise une disposition, critère ou pratique apparemment neutre qui entraîne, en fait, un désavantage particulier pour des personnes présentant un motif protégé (sexe, âge, religion, handicap, origine, etc.).
Test de licéité
Elle est interdite, sauf si la mesure est objectivement justifiée par un but légitime et si les moyens utilisés sont appropriés et nécessaires (proportionnés). Des aménagements raisonnables sont exigés pour le handicap, à défaut de quoi la justification échoue.
Preuve & exemples
La preuve repose souvent sur des données statistiques révélant l’impact disproportionné (charge de la preuve aménagée en droit UE). Ex. : exigence de temps plein pénalisant majoritairement les femmes ; code vestimentaire neutralisant certaines religions ; critère d’ancienneté défavorisant les jeunes.
Question
Quels sont les principaux jalons législatifs et institutionnels de la lutte contre les discriminations en France (XXe–XXIe s.) ?
Réponse
Premiers ancrages : 1939 — décret-loi Marchandeau (réprime les injures/diffamations envers groupes) ; 1972 — loi « racisme » (création d’infractions et interdiction de discriminations) ; 1975 — extension en droit du travail (sexe/situation de famille) ; 1994 — Nouveau Code pénal codifiant la discrimination (C. pén., art. 225-1 s.).
Tournant « UE » et structuration : 2001–2006 — transpositions des directives 2000/43 et 2000/78 (égalité de traitement) ; 2004 — création HALDE ; 2008 — loi n° 2008-496 (définitions de discrimination directe/indirecte, harcèlement, charge de la preuve aménagée) ; 2011 — Défenseur des droits (remplace HALDE) ; 2014–2017 — élargissement des motifs et outils (ex. lieu de résidence, identité de genre ; reconnaissance du testing) avec renforcement des voies civile/administrative/pénale.
Question
Le « testing » est-il recevable comme preuve ?
Réponse
Oui. Le testing est recevable en pénal au titre de la liberté de la preuve ; le délit de discrimination peut être constitué même si la candidature n’avait d’autre but que tester le comportement de l’auteur, sous réserve d’une preuve loyale (pas de provocation à l’infraction, respect des droits fondamentaux) (CPP art. 427 ; Cass. crim., jurispr. constante).
En civil/emploi, il est également admis : la loi n° 2017-86 du 27 janv. 2017 a consacré le recours au testing (notamment par associations/autorités), le juge en apprécie la force probante et peut ordonner des mesures d’instruction utiles (référé probatoire) ; la charge de la preuve reste aménagée au bénéfice du salarié (C. trav. L.1134-1 ; CPC art. 145).
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Question
Quels critères sont prohibés par la Constitution pour fonder une différence de traitement ?
Réponse
La Constitution prohibe les différences de traitement fondées sur l’origine, la race et la religion (art. 1er, Const. 1958). Elle consacre aussi l’égalité et l’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités publiques, sans en faire une liste générale de motifs interdits (art. 1er ; DDHC art. 6).
Repères utiles
Les croyances ne sont pas listées comme telles dans la Constitution (la protection passe par la religion et la liberté de conscience), mais elles le sont en droit ordinaire et en droit de l’UE/CEDH. En France, de nombreux autres motifs sont prohibés par la loi (C. pén. 225-1 ; C. trav. L.1132-1).
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Question
Que vise l’égalité de droit devant la loi ?
Réponse
L’égalité en droit vise d’abord l’égalité de traitement : mêmes droits et mêmes obligations pour tous, sans privilèges, et accès égal aux charges publiques (DDHC art. 1 et 6 ; Const. art. 1er).
Elle n’impose pas d’égaliser toutes les situations réelles, mais autorise des différences de traitement lorsqu’elles reposent sur une différence de situation ou un intérêt général et restent proportionnées (formule classique du Conseil constitutionnel). Autrement dit, la correction des inégalités sociales relève de politiques publiques ciblées (sociales, territoriales) compatibles avec l’égalité de droit, sans en changer la finalité première.
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Question
Quels comportements assimilés à des discriminations le droit prévoit-il ?
Réponse
- Harcèlement lié à un motif protégé (comportements répétés créant un environnement hostile) et harcèlement sexuel : traités comme des formes de discrimination (Loi n° 2008-496, art. 1 ; C. trav. L1152-1, L1153-1 ; C. pén. 222-33, 222-33-2).
- Instruction d’avoir un comportement discriminatoire (« injonction de discriminer ») : assimilée à une discrimination (Loi n° 2008-496, art. 1 ; Dir. 2000/43/CE et 2000/78/CE).
- Victimisation / représailles (sanctionner quelqu’un pour avoir dénoncé une discrimination ou témoigné) : interdit et rattaché au régime antidiscriminatoire (C. trav. L1132-3 ; Dir. 2000/43/CE, 2000/78/CE).
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Question
La répartition de certaines affaires criminelles entre la cour d’assises (avec jurés) et la cour criminelle départementale (juges professionnels) méconnaît-elle le principe d’égalité devant la justice ?
Réponse
Non, dès lors que la différence de traitement repose sur des critères objectifs et rationnels (nature/gravité des crimes) et que les garanties offertes sont équivalentes : droits de la défense, publicité, impartialité, motivation, voies de recours. Le Conseil constitutionnel l’a jugé conforme (QPC n° 2023-1069/1070, 10 nov. 2023), l’égalité (DDHC art. 6) n’exigeant pas l’identité de procédure si la protection globale des droits est assurée.
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Question
Quels exemples CEDH illustrent la protection contre l’homophobie ?
Réponse
Plusieurs arrêts structurent la grille de contrôle :
• Beizaras et Levickas c. Lituanie (2020) : violation art. 14 + 8 pour refus d’enquêter sur des milliers de commentaires homophobes violents publiés en ligne sous une photo de couple ; obligation positive d’enquête effective.
• Identoba c. Géorgie (2015) : violation art. 3 + 14 pour défaut de protection policière d’une marche LGBT agressée ; obligation de prévenir les violences homophobes prévisibles.
• Vejdeland c. Suède (2012) : la condamnation pénale d’auteurs de tracts homophobes est compatible avec l’art. 10 (discours de haine ≠ idées d’intérêt général).
• Bayev c. Russie (2017) : les lois dites de « propagande gay » violent art. 10 + 14 (stéréotypes dévalorisants, discrimination).
→ Enseignement : obligations positives (protéger/enquêter), tolérance zéro vis-à-vis des appels à la haine et contrôle articulé 8/10/14.
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Question
Quelles sont les limites à la prise en compte des souhaits des clients sur l’apparence religieuse ?
Réponse
Le simple souhait d’un client n’est jamais une exigence professionnelle essentielle et déterminante (CJUE, Bougnaoui, C-188/15). Une entreprise peut, à certaines conditions, prévoir une politique interne de neutralité générale et indifférenciée, limitée aux postes en contact client et proportionnée (CJUE, Achbita, C-157/15 ; WABE/Müller, C-804/18 & C-341/19). En France, sans clause de neutralité licite, interdire un foulard constitue une discrimination ; avant tout licenciement, l’employeur doit rechercher des aménagements/affectations sans contact client (Cass. soc., 22 nov. 2017, Micropole).
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Question
Pourquoi l’exclusion de l’aide juridictionnelle aux étrangers en séjour irrégulier a-t-elle été censurée ?
Réponse
Parce qu’elle créait une rupture d’égalité devant la justice (art. 6 DDHC) et portait une atteinte disproportionnée au droit à un recours effectif et aux droits de la défense : elle ne garantissait pas des garanties équivalentes à celles des autres justiciables, alors même que ces contentieux (éloignement, rétention, etc.) sont techniquement complexes (Cons. const., 2024-1091/1092/1093 QPC).
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